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21.01.2009

ETATS GENERAUX

Il avait fallu 175 ans a l'Ancien Régime pour réunir de nouveaux états généraux. Trois mois auront suffi a Nicolas Sarkozy pour organiser ceux de la presse et ceux de l'automobile. Ou comment la poudre aux yeux éclipse la montagne qui accouche d'une souris.

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Les chargés de com' politique ont une sacrée culture historique. Apres le "New Deal écologique", les "Grenelle" de l'environnement puis de l'insertion et le "Plan Marshall des banlieues", leur dernière trouvaille prouve que leur connaissance historique s'étend même au XVIIIe siècle.

Pour marquer limportance d'une réunion, on peut désormais l'organiser sous la bannière des états généraux. Lesdits communicants y trouvent un terme fort pour leur stratégie, les journalistes en manque d'inspiration, un mot marquant pour leur audience. Revue de mots non exhaustive du jour.

"Des états généraux de l'automobile pour relancer un secteur sinistré." (AFP)

"Des états généraux pour sauver l'automobile" (Le Point)

"Des états généraux pour enrayer le déclin de l'automobile française" (Les Echos)

L'appellation états généraux est donc utilisée de manière moderne : le père de la nation, prenant la mesure de la gravite de la situation, enfile son costume d'homme d'état pour sortir le pays de l'ornière. L'ancienne version, l'historique, est un peu differente. A la tête d'un état au bord de la faillite (notez que jusque ici la comparaison reste valable), Louis XVI cherche, feignant la concertation, a se faire accorder une rallonge budgétaire. Pour rappel, il terminera la tête sur la guillotine...

En acceptant de reprendre le concept gouvernemental d'états generaux, on finit par galvauder définitivement le sens des mots. Les états generaux de 1789 ont précipite la chute de celui qui les a convoqués? Tant pis, désormais on utilisera l'expression pour valoriser le dynamisme d'un président réformateur. Communication politique et Histoire ne font décidément jamais bon ménage.

Le bonus exception qui confirme la règle : le site des états généraux de l'alcool.

Vidéobonus : le dictionnaire des noms pompeux par les Guignols de l'info (séquence à partir de 3 minutes 30 de vidéo)

 

17.01.2009

EXPORTATION

Des chars israéliens en plein paris, des combattants du hamas retranchés en banlieue : ça y est, le conflit israelo-palestinien a été exporté en France. Non? En reprenant sans précaution les conclusions hâtives du Premier ministre, certains médias français ont alimenté une psychose malvenue.

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Le 6 janvier, après l'incendie d'une synagogue à Toulouse, François Fillon déclarait : "la République n'acceptera pas que certains extrémistes utilisent ce conflit pour attiser les violences entre les communautés dans notre pays". Une déclaration résumée ainsi dans certains médias français:

"Fillon refuse l'exportation du conflit" (le JDD.fr)

"Le gouvernement "n'acceptera pas" l'exportation du conflit du Proche-Orient sur le territoire français" (nouvelobs.com)

On notera la subtilité de la citation du site du Nouvel Obs, qui assume le terme d'exportation. Et pour cause, François Fillon n'a jamais prononcé ce mot lors de sa déclaration.

A la frénésie de l'objectivité a tout prix qui a amené a utiliser "offensive" pour désigner une riposte, a donc succèdé la théorie paranoïaque de l'exportation du conflit. Comme si, pour ajouter au malaise ambiant il était judicieux de faire craindre une guerre civile dans l'hexagone.

Évidemment, il ne s'agit pas de minimiser la recrudescence des délits à l'encontre des communautés juive et musulmane en France. Michel Forst, de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, estime dans un article du Monde.fr que, depuis 2000 "on constate une augmentation globale des actes racistes, antisémites ou islamophobes et les pics se font en lien avec l'actualité au Proche-Orient".

Une lapalissade en guise de statistique, assurément pas suffisant pour utiliser sans précaution le mot exportation pour désigner un phénomène récurrent.

Pour Marc Hecker, chercheur à l'IFRI, l'utilisation du terme est doublement faussée.

Tout d'abord parce que les incidents relevés ces derniers jours sont sans commune mesure avec ceux commis par le passé. "La situation est bien différente de celle des années 1970, où une véritable stratégie d'exportation du conflit israélo-palestinien vers l'Europe était à l'œuvre" a-t-il déclaré au Monde.fr. "Des groupes palestiniens commettaient alors des attentats sur le sol français et plusieurs représentants de l'Organisation de libération de la Palestine ont été assassinés par les services secrets israéliens à Paris."

Ensuite, l'apparente hausse de mobilisation pour la cause palestinienne ne signifie pas que les actes antisémites sont de plus en plus téléguidés par des associations. Au contraire. "D'aucuns veulent établir un lien entre les manifestations propalestiniennes et la hausse des actes antisémites" estime-t-il, cette fois ci dans Le Figaro. "Au cours de la deuxième intifada, les auteurs d'actes antisémites qui avaient été interpellés étaient toutefois des délinquants, pas des militants. Les responsables des grandes organisations propalestiniennes consensuelles - comme l'Association France Palestine Solidarité - condamnent clairement l'antisémitisme, même si elles ne sont pas forcément en mesure de contrôler tous les slogans, notamment ceux lancés en arabe, lors de rassemblements."

Quelles leçons devons nous, journalistes, tirer de cet énième consensus autour d'un mot à priori sans danger? Au moins celle de n'utiliser, à l'avenir, l'exportation que comme une action de la sphère économique. N'en déplaise aux producteurs de Roquefort, qui se sont vus signifier cette semaine l'arrêt de fait de leurs exportations vers les États-Unis.

 

06.01.2009

DAKAR

Si le bonheur appartient à Nestlé, comme le racontait Beigbeder dans 99 francs, Dakar appartient à ASO. La capitale sénégalaise n'a pas été soudoyée par les héritiers d'Emilien Amaury, mais son nom a été accapparé pour promouvoir le plus grand rallye du monde.

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Le parcours de l'épique édition 2003, qui ne passera, même de loin, ni à Paris ni à Dakar.

L'histoire du mot Dakar, c'est celle d'une ville devenu rallye, celle d'un terme galvaudé à force d'être utilisé. Depuis l'improbable Paris-Syrte-Le Cap de 1992, on peut très bien "faire le Dakar" sans voir le Lac Rose. Par la suite, on a aussi appelé Dakar le rallye qui reliait... Marseille et Sharm-el-Sheik (2003, cf photo).

Depuis sa première édition, et au fur et à mesure que sa popularité grandissait, il est devenu d'usage de faire précéder d'un article le nom de la capitale sénégalaise. On dirait donc LE Dakar comme on avait pris l'habitude de dire LE Tour pour désigner la grande boucle.

Changement sémantique notable en 2009. A partir de la trentième édition du rallye-raid, on peut parler de Dakar sans mentionner à aucun moment l'Afrique. Pour raisons de sécurité, les 500 engagés termineront leur Dakar en parvenant jusqu'à Buenos Aires via le Chili, deux semaines après avoir quitté la capitale argentine.

On peut donc écrire le plus sérieusement du monde : "Stéphane Peterhansel a remporté neuf Dakar" (sans savoir si on doit marquer le pluriel d'ailleurs). Certes, il est plus long de préciser "neuf éditions du rallye Paris-Dakar", mais au moins on ne s'imagine pas le pilote franc-comtois repartir avec neuf villes sous le bras...

Si le mot Dakar n'a pas encore rejoint la partie "noms communs" des dictionnaires, ASO a réussi là une privatisation en règle du nom d'une ville de plus d'un million d'habitants. Et y a associé une marque florissante, particulièrement active en matière de produits dérivés. L'histoire ne dit pas combien de Dakarois sont associés au bénéfice des produits en question.

Bonus : le Dakar mérite-t-il son nom ?

Vidéobonus : le néologisme de Gérard "vive le sport sur France Télévisions" Holtz : "le Dakargentine"

 
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